Résilience : comprendre les causes du manque chez certaines personnes

Rien n’oblige la souffrance à rendre plus fort. Chez certains, l’épreuve laisse une empreinte qui ne s’efface pas, pas même lorsque l’orage est passé. Des recherches récentes l’attestent : la capacité à rebondir après l’adversité varie énormément d’une personne à l’autre, modelée par un jeu complexe de facteurs biologiques, psychologiques et sociaux.

Les scientifiques s’y cassent encore les dents. Malgré des décennies de travaux en sciences humaines et en neurosciences, le mystère demeure : pourquoi tant de différences dans la façon de faire face à la tempête, pourquoi certains restent cloués au sol alors que d’autres reprennent pied ? Cette question persiste, alimentée par chaque nouvelle découverte et chaque cas singulier.

La résilience, c’est quoi au juste ?

La résilience n’a rien d’une magie ni d’un privilège réservé à quelques-uns. Le concept, mis en lumière par Boris Cyrulnik en France et Michael Rutter au Royaume-Uni, occupe désormais une place centrale en psychologie moderne. Il s’agit d’un processus dynamique : après un choc, une blessure ou un bouleversement, la personne ne revient pas simplement à son état d’avant. Elle invente, parfois difficilement, une nouvelle route à partir de ce qui a été brisé.

Les bibliothèques universitaires regorgent d’analyses sur ce phénomène. Serge Tisseron insiste d’ailleurs sur un aspect souvent négligé : la résilience ne vise pas seulement à « réparer » l’esprit, elle peut ouvrir la porte à une croissance post-traumatique. On ne sort pas indemne de l’épreuve, on en sort transformé, parfois même renforcé d’une façon inattendue.

La recherche universitaire s’accorde pour dire que la résilience s’entrelace avec une multitude de facteurs : histoire personnelle, environnement familial, liens sociaux, biologie… tout compte.

Pour mieux cerner cette notion, voici les principaux aspects à retenir :

  • Processus résilience : une adaptation active, qui avance souvent par à-coups.
  • Facteurs résilience : estime de soi, appui d’un entourage solide, stabilité autour de soi.
  • Croissance post-traumatique : la possibilité d’évoluer au-delà de l’épreuve traversée.

Ainsi, la résilience ne se fige jamais en une seule forme. C’est un cheminement personnel, nourri de doutes, de ressources multiples, parfois difficiles à identifier, mais toujours en mouvement.

Pourquoi certaines personnes peinent à rebondir face aux difficultés

Le revers du concept intrigue. Malgré la volonté ou les efforts, certains finissent par s’enliser, comme le décrit Boris Cyrulnik. Plusieurs facteurs de non-résilience se dessinent, souvent discrets mais lourds de conséquences.

Tout commence souvent très tôt. Une enfance marquée par un attachement fragile, des manques affectifs ou des violences répétées entrave la construction de défenses psychologiques solides. La faible estime de soi s’installe, rendant la gestion des émotions ardue et freinant la capacité à surmonter les difficultés. Cela s’accentue si l’entourage ne joue pas son rôle de soutien. L’isolement, l’absence de repères, tout cela fragilise et rend la chute plus brutale.

La santé mentale est également un pivot. Lorsque l’anxiété, la dépression ou un stress chronique s’invitent, rebondir devient un défi. L’énergie s’amenuise, l’envie de lutter aussi. Les échecs répétés forgent parfois une conviction d’impuissance.

Voici les principaux freins identifiés :

  • Manque de repères stables durant le développement
  • Difficultés à apprendre la gestion des émotions
  • Absence de modèles de résilience parmi les proches

La société n’est pas en reste. Précarité, stigmatisation, inégalités : autant d’obstacles qui tirent vers le bas et limitent les possibilités de rebond. Certains avancent, d’autres restent coincés dans l’ombre, sans issue évidente.

Des pistes concrètes pour renforcer sa propre résilience au quotidien

La résilience ne tient ni de l’accident heureux ni du simple hasard. Boris Cyrulnik, Michael Rutter, Serge Tisseron et d’autres chercheurs abondent : ce processus s’appuie sur des leviers accessibles à tous. Premier allié : le soutien social. Un entourage de confiance, qu’il vienne de la famille, d’amis ou de collègues, agit comme un socle stable dans l’adversité. Pouvoir parler, partager, ne pas se sentir seul face à la tempête, cela change tout.

Apprendre à réguler ses émotions ouvre également de vraies perspectives. Identifier ce que l’on ressent, mettre des mots dessus, accepter ses faiblesses sans se juger : autant d’étapes qui aident à digérer le choc. La thérapie, validée par les professionnels de la santé mentale, propose des outils pour transformer la vulnérabilité en force. Méditation, écriture, activité physique : chacun peut trouver sa voie.

L’auto-efficacité ne doit pas être négligée. Croire en sa capacité à franchir les obstacles, même petits, enclenche une dynamique positive. Valoriser chaque avancée, aussi discrète soit-elle, alimente l’estime de soi. Les universités en France recommandent de porter attention aux réussites, sans travestir la réalité du vécu.

Pour travailler ces axes au quotidien, quelques pistes concrètes :

  • Entretenir des relations authentiques
  • Développer une écoute émotionnelle attentive
  • Recourir, si besoin, à un professionnel de santé mentale

Rien ne s’improvise. Le développement personnel se façonne patiemment, à petits pas, sans recette universelle.

Quand la résilience a ses limites : nuances, précautions et ressources utiles

La résilience séduit, parfois jusqu’à l’excès. Imaginer qu’elle suffise en toutes circonstances, pour tous, relève d’un mirage. Certains vécus, certains contextes ne cèdent pas, peu importe la force déployée. Les facteurs de non-résilience étudiés par les spécialistes en psychologie rappellent qu’on ne démarre pas tous avec les mêmes atouts : passé douloureux, absence de soutien, vulnérabilité liée à l’hérédité… Autant d’éléments qui freinent, voire bloquent le processus. La fameuse croissance post-traumatique n’efface pas la réalité des blessures qui résistent au temps.

Le discours ambiant sur la résilience oublie parfois la violence de l’injonction à « tenir bon ». Cette pression culpabilise celles et ceux qui n’y arrivent pas. Pour beaucoup, aller chercher des ressources extérieures n’est pas un luxe : c’est une nécessité. Les professionnels de la santé mentale, les associations, les groupes de parole peuvent briser l’isolement. Les études publiées par les presses universitaires et les experts en santé mentale en France recommandent d’ajuster ses attentes, en fonction de son histoire et de ses ressources réelles.

Voici quelques points de vigilance à garder en tête :

  • Choisir des ressources fiables, adaptées à chaque situation
  • Être attentif aux signes de détresse qui persistent
  • Ne pas hésiter à solliciter une aide professionnelle

La résilience n’a rien d’un concours. Elle s’élabore, parfois s’essouffle, et mérite d’être respectée, jusque dans ses silences. Pour certains, tout recommence là où d’autres trouvent enfin du nouveau à inventer.

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