Un indicateur parfois relégué au second plan dans les discussions sur les inégalités économiques révèle pourtant des écarts plus marqués que ceux mis en lumière par des outils plus célèbres. Le ratio de Palma n’accorde aucune place aux moyennes et se concentre uniquement sur les extrêmes, bouleversant les comparaisons classiques.
Certains pays affichent un écart de Palma modéré malgré une croissance rapide, tandis que d’autres, à revenu élevé, voient cet indice grimper sans que le PIB ne l’explique. Cette mesure expose des réalités peu visibles avec d’autres instruments, en particulier lorsqu’il s’agit de cerner les évolutions récentes des inégalités.
Comprendre les indicateurs des inégalités économiques : panorama et enjeux
Les inégalités de revenus et de patrimoine dessinent la silhouette d’une société, conditionnent la mobilité sociale et structurent les opportunités individuelles. Chaque année, l’Insee publie des chiffres précis, offrant une photographie détaillée de ces écarts sur le territoire français. Plusieurs indicateurs coexistent, chacun mettant l’accent sur une dimension particulière des conditions de vie.
Le coefficient de Gini s’est imposé comme la référence : de 0 à 1, il traduit d’un seul chiffre la répartition des ressources, basé sur la courbe de Lorenz. Mais il ne dit rien de la façon dont ces inégalités s’organisent, ni de leur point d’origine. Le rapport interdécile D9/D1 va droit au but : il compare ce que gagnent les 10 % les plus aisés à ce qui revient aux 10 % les plus modestes. Pour fixer les idées, la France affichait un ratio de 3,4 en 2019, contre 2,7 en Slovaquie et 5,8 en Bulgarie, de quoi souligner de fortes disparités au sein même de l’Union européenne.
D’autres outils, comme le rapport interquintile des masses (S80/S20), élargissent l’analyse aux 20 % des ménages les plus fortunés face aux 20 % les moins favorisés. Ces ratios, issus des enquêtes sur les revenus fiscaux de l’Insee et de la DGI, donnent une image plus nuancée de la répartition. Pour évaluer sa propre position, impossible de faire l’impasse sur le niveau de vie médian, calculé à partir du revenu disponible du ménage, divisé par les unités de consommation. Ce repère central place chacun sur l’échelle sociale, loin des seules extrémités.
Bien plus que des statistiques, ces indicateurs alimentent les débats, inspirent les analyses de chercheurs comme Thomas Piketty ou les rapports engagés d’Oxfam. Selon l’outil choisi, la perception des inégalités varie, et les décisions publiques s’en trouvent orientées différemment. Derrière chaque chiffre, un angle d’attaque et des conséquences concrètes.
À quoi sert le ratio de Palma dans l’analyse des inégalités ?
Le ratio de Palma occupe une place à part dans le paysage des mesures des inégalités de revenus. Là où le coefficient de Gini ou le rapport interdécile abordent l’ensemble de la distribution, le ratio de Palma se concentre sans détour sur l’écart entre le sommet et la base. Il mesure la part du revenu captée par les 10 % les plus riches face à celle revenant aux 40 % les plus pauvres. L’économiste chilien José Gabriel Palma a mis en évidence que, dans nombre de sociétés, la part médiane des revenus reste étonnamment stable ; ce sont les extrêmes qui bougent, et qui déterminent la dynamique globale des inégalités.
Ce choix radical permet une lecture limpide : pas besoin de jongler avec des courbes ou des concepts abstraits, le ratio de Palma affiche brutalement l’écart. Un ratio de 1 signifie que les 10 % du haut captent autant que les 40 % du bas réunis. Dès que ce chiffre grimpe, la concentration de la richesse saute aux yeux.
Au-delà de la photographie, le ratio de Palma met à l’épreuve les choix politiques. Il offre un moyen précis d’apprécier, de réforme fiscale en réforme sociale, l’effet des impôts et des prestations sur la redistribution. Les organisations internationales, Banque mondiale, OCDE, l’ont intégré à leurs comparaisons. À une époque où l’accumulation du patrimoine des ultra-riches se poursuit pendant que les bas revenus stagnent, ce ratio devient un vrai sismographe, prêt à détecter les fractures avant qu’elles ne deviennent visibles ailleurs.
Comment calculer le ratio de Palma : méthode et exemples concrets
Pour calculer le ratio de Palma, il s’agit de comparer la part de revenus des 10 % les plus riches à celle des 40 % les plus pauvres. Voici comment s’y prendre concrètement :
- Ratio de Palma = (part du revenu total détenue par les 10 % du haut) / (part détenue par les 40 % du bas)
La méthode s’appuie sur la distribution des niveaux de vie, telle que mesurée par l’Insee ou l’OCDE. Le niveau de vie correspond au revenu disponible du ménage, divisé par le nombre d’unités de consommation. On découpe la population en déciles de revenu pour isoler le sommet et la base de l’échelle.
Exemple de calcul
Imaginons un pays où les 10 % les plus fortunés perçoivent 28 % du revenu national, tandis que les 40 % les plus modestes en recueillent 18 %. Le ratio de Palma s’élève alors à 28 / 18 = 1,56. Autrement dit, le sommet concentre une masse de revenus une fois et demie supérieure à celle des quatre déciles du bas.
En France, les enquêtes sur les revenus fiscaux et sociaux de l’Insee fournissent les données nécessaires pour ce calcul. Ces résultats nourrissent les comparaisons internationales, où les écarts révèlent des contrastes saisissants entre économies du nord et du sud, mais aussi entre sociétés égalitaires et pays marqués par la concentration de la richesse.
Le ratio de Palma ne se contente pas d’aligner un chiffre de plus. Il met en lumière la dynamique des inégalités, là où d’autres indicateurs, trop globaux, masquent la réalité derrière des moyennes lissées. Il trace un trait net entre ceux qui s’enrichissent vraiment et ceux pour qui la redistribution reste un mirage. Voilà pourquoi il mérite d’être surveillé de près, et pas seulement par les économistes.

