L'eau de la rivière. . .

A côté de la rivière, près du pont Notre Dame, un peu au-dessus de l'ancienne maison de Monsieur David (le boucher) dont tous les gens regrettent encore le goût des boudins aux châtaignes qu'il fabriquait, existait une boutique qui accueillait un coiffeur.

On dit qu'avant lui dans ce local s'était établi un boulanger : Figurez-vous que celui-ci n'était pas de Ségur ! Enfin pas originaire vous voyez ! . Mais il faisait de si bon pain que les deux autres boulangers de Ségur lui firent rapidement la tête… et même un peu plus, car cela devenait inquiétant pour eux de voir l'affluence de la clientèle chez ce nouveau venu. Affluence qui augmentait de façon alarmante.

Comme par hasard une rumeur se propagea dans le village : il paraîtrait que le pain du "nouveau" n'était pas ordinaire, il était même possible qu'il soit "trafiqué". Mais rien n'y fit, les gens curieux de nature voulaient goûter ce pain afin de se faire leur idée. Résultat il en vendait encore davantage et la rumeur se retourna à son avantage…

Un jour, alors qu'un de ses détracteurs passait devant chez lui, le boulanger entendit des railleries. Sortant devant sa porte, il se campa près à en venir aux mains s'il le fallait… un attroupement et une vive discussion s'en suivirent au cours de laquelle, il fut accusé, et c'était une véritable injure, de faire son pain avec l'eau de la rivière.

Un comble ! . "Apporte en la preuve ! . Le charierroux qui est à côté mène bien à la rivière et j'y descends souvent c'est vrai, mais c'est pour apporter l'eau pour laver le sol et non pour pétrir" se défendait le malheureux, rouge sous l'affront…

Le lendemain un plaignant se présenta à la boulangerie, escorté de deux gendarmes sanglés dans leur bel uniforme et transpirant abondamment car ils avaient fait le chemin à cheval depuis Lubersac. "Vous êtes accusé de faire votre pain avec de l'eau de la rivière" lui dit-on. "Et c'est ce qui donnerait un goût particulier". "Qu'avez-vous à déclarer ?".

Le boulanger se défendit, jura, cria, rien n'y fit. Les gendarmes tenaient dans leurs mains un pain de 4 livres qu'ils ouvrirent lentement sur le comptoir du pauvre homme.

Horreur ! Au milieu de la mie blanche et crémeuse était une belle gardèche bien cuite dans la pâte.

On ne sut jamais qui l'avait mise : la rivière, le boulanger ou ses détracteurs ! .

Mais chacun comme toujours à Ségur savait la " vérité "… 

Sur le bord de l'auvezere a Segur le Chateau en Correze. (Photo Deschconcept)