Légende de la Fontaine des Anges.

Pour trouver la fontaine des Anges, il faut aller au hameau du Breuil Haut. En prenant le chemin qui conduit au moulin de Conchou, on trouve le " pré neuf " au sommet duquel sort la source. Autrefois, à trois kilomètres environ, existait une commanderie de l'ordre de Malte, au lieu-dit "Villemaux". L'église en fut démolie en 1850. Les pierres servirent à la construction du mur du cimetière de Beyssenac et l'autel rejoignit l'église de cette commune. Un bénitier en pierre fut utilisé pour recueillir l'eau de la source des Anges. Sur le rebord, on remarque deux trous où étaient placés les cierges et un évidemment pour recevoir les offrandes. En 1932, le père de Madame S… fermier au Breuil dont dépend le " pré neuf ", fabriqua une solide croix en chêne et la dressa au-dessus de la fontaine. Le curé de Ségur vint la bénir. Madame S… se souvient très bien de la cérémonie à laquelle participaient ses grands-parents, ses parents, les voisins et le "patron", c'est à dire le propriétaire qui était venu spécialement de la Charente.

La source n'a jamais tari. Son eau est si limpide, si pure qu'elle ne laisse aucun dépôt dans une bouteille, même remplie depuis longtemps. Elle a toujours été très fréquentée et aujourd'hui encore. Bien que située sur une propriété privée, elle a toujours vu son accès facilité, suivant le désir du propriétaire.

Ecoutons Madame S… : " En 1980, je n'avais pas encore 60 ans, je vis arriver à la maison un jeune couple. La dame tenait un bébé dans ses bras. On était au mois de mars. L'air était encore vif chez nous, et l'eau des sources froide. Ces gens me dirent venir de la Dordogne. Leur petit garçon pleurait sans arrêt; il semblait souffrir et dépérissait, d'autant plus qu'il refusait de téter. Un guérisseur avait recommandé aux parents de venir à la fontaine des Anges; alors ils se sont renseignés pour venir ici. Comme ils me demandaient de les accompagner à la source je m'exécutai. La maman me dit qu'il fallait tremper l'enfant dans l'eau pour obtenir sa guérison, mais elle n'osait pas le faire elle-même et me demanda instamment d'agir à sa place. J'hésitais, l'eau était si froide ! .
Mais la femme manifestait un tel désespoir que je finis par céder. Je pris le bébé, enlevai la petite couverture dans laquelle il était enroulé et le trempai dans l'eau. Surprise!. Au lieu de crier, le bébé rit !. Vite, je le retire de l'eau, lui ôte sa petite chemise, le serre dans sa couverture, le frictionne… il gazouille toujours… Persuadée qu'il est guérit, la maman pleure de bonheur. Elle me remercie et son " monsieur " aussi, puis il s'en vont. En 1991, je vois revenir la dame que je reconnais fort bien. Elle est accompagnée d'un robuste garçonnet qui n'est autre que le bébé que j'avais trempé dans l'eau dix ans plus tôt…

En 1990, je reçois un coup de téléphone de Seilhac (en Corrèze). C'est une dame qui me demande si je veux bien la recevoir pour lui montrer la fontaine. Sa toute petite fille refuse obstinément le sein. Transportée à l'hôpital, elle y est nourrie à l'aide d'une sonde. Le lendemain de l'appel, la maman arrive; je la conduis à la source où elle remplit un flacon; puis elle me remercie et s'en va. Un mois plus tard, la grand-mère me téléphonait pour me dire que l'enfant était guérie (après avoir bu l'eau en cachette du docteur et de l'infirmière).

C'est très souvent que des gens viennent ici. Je ne les accompagne pas toujours. Ils font à la source ce qu'ils pensent bon d'y faire, ce que leur a dit de faire. Aujourd'hui il y a quelqu'un à Beyssenac qui indique la fontaine où il faut aller. Pour cela il fait brûler des brins de genêts ou de noisetier et la braise, en tombant dans l'eau d'une cuvette, indique la fontaine dont l'eau sera profitable. C'est un secret de famille car la mère de M. M… lui a transmis le don. Autrefois j'ai connu une dame du moulin de Conchou qui savait le secret pour diriger les malades vers la fontaine guérisseuse ".

La tradition raconte que jadis, trois anges se seraient baignés là, donnant à la source la propriété de guérir.