C'est une vieille légende qui remonte au
Moyen âge. Les faits se passaient sur le ruisseau en amont
de Saint Eloy les Tuileries, ruisseau qui sert à délimiter
cette dernière commune de celle de Ségur le Château.
C'est l'histoire d'une sorcière qui
était possédée par le diable, et qui venait tous les ans
durant l'été et les soirs de pleine lune, se baigner dans
le ruisseau. Mais contrairement aux autres sorcières qui
sont laides et vieilles, celle-ci était jeune et belle (ses
yeux faisaient penser à un tapis de pervenches en fleurs et
ses cheveux étaient couleur d'un écheveau de chanvre,
fraîchement peigné).
Les soirs de pleine lune tous les gens du
voisinage savaient qu'il ne fallait pas sortir pour ne pas
la déranger, car elle était capable de toutes les
malédictions.
Hors, une de ces nuits là, deux jeunes
chevaliers du château du Mas qui venaient juste d'être
sacrés, encouragés par leur nouveau titre, voulurent se
rendre compte des faits. Ils s'approchèrent tout doucement
du ruisseau et furent surpris par la beauté de la
baigneuse. Ils furent tout de suite pris par de bonnes
intentions et prirent les habits de la belle sorcière,
abandonnés sur la berge, en pensant que celle-ci n'oserait
pas repartir toute nue et qu'elle viendrait les réclamer.
Les jeunes chevaliers avaient l'intention de négocier la
rupture de son pacte avec le diable et de l'amener au
château ou elle serait sans doute à l'abri de cet
envoûtement.
Au bout d'un instant tous les chiens des
environs se mirent à hurler et s'en suivit un énorme
grondement qui réveilla tous les habitants de Saint Eloy et
des alentours. Le Faure (forgeron) se leva, entrouvrit les
volets. La lune brillait, il comprit que c'était un mauvais
présage, puis il revint se coucher.
Le lendemain matin, un jeune journalier
qui conduisait paître les vaches dans le pré qui longe le
ruisseau découvrit, en passant la barrière, les corps
foudroyés des deux jeunes chevaliers.
C'est depuis ce jour là que les prés
qui longent ce ruisseau s'appellent les Prés Messieurs.